vb
Accueil du site > Actualité > Main basse sur le riz

Un film de Jean Crépu et Jean-Pierre Boris

Main basse sur le riz

mardi 1er juin 2010, par Rédaction


Partager
  

Coproduction : ARTE France, LADYBIRDS Films (2009, France, 1h22)
En partenariat avec l’AFD

FIPA d’Or 2010 Grands reportages et faits de société
Projection-débat le 2 juin 2010 à 16h30
à l’AFD, 5 rue Roland Barthes

75012 Paris (métro gare de Lyon)

Sénégal. Récolte du riz en Casamance de Fabrice Taurines (http://www.au-senegal.com/Fabrice-Taurines.html)

  

Aucune activité économique ne nourrit autant de personnes et ne se révèle aussi cruciale pour l’équilibre social de nombreux pays que la culture du riz. Le riz nourrit près de la moitié de la population de la planète, il conditionne notre sécurité alimentaire mondiale. Cette céréale, qui occupe 15% des surfaces cultivables de la planète, a le pouvoir de garantir la stabilité politique ou de renverser des gouvernements.

Au printemps 2008, le prix du riz est multiplié par six en quelques mois. Du jamais vu. Ce sont les plus pauvres qui souffrent de cette explosion des prix. Des manifestations éclatent dans une quarantaine de pays. On parle d’émeutes de la faim. Pénurie, famine, martelés à l’infini par les radios et les télévisions du monde entier. Ces mots créent une véritable psychose. Tout le monde craint que l’approvisionnement en riz ne soit plus garanti.

En faisant écho à la flambée des prix de 2008, ce documentaire aborde l’enjeu alimentaire mondial en enquêtant auprès des grands acteurs de la filière mondiale du riz. En reconstituant le puzzle du marché international, entre la Thaïlande premier exportateur de riz, Genève d’où opère le négoce et l’Afrique devenue le plus grand pôle d’importation de riz pour nourrir sa population, il décrypte les rouages de ce marché et met en lumière ses dérives et ceux qui font main basse sur le riz - spéculateurs irresponsables et États corrompus. Et s’interroge sur l’efficacité des tentatives de politiques d’autosuffisance et l’accaparement des terres agricoles (dit « landgrabbing ») par les pays riches.

Alors, que s’est-il réellement passé au printemps 2008 ? Qui a provoqué cette panique ? Qui en a bénéficié ? Quelles leçons ont été tirées et quelles décisions ont été prises ?

Ce documentaire d’investigation nous ouvre les portes de la très discrète filière mondiale du riz afin de comprendre la complexité d’un marché aux enjeux essentiels pour la sécurité alimentaire de demain.

>> S’inscrire

Le riz, un enjeu de la mondialisation

Le riz est la céréale la plus consommée au monde et elle nourrit environ trois milliards d’êtres humains. C’est un produit qui peut permettre d’aborder la mondialisation, car il provient de nombreux endroits de la planète comme la Thaïlande, les Philippines, la Chine ou encore le Sénégal. On aborde aussi l’État, les intermédiaires et la question des transports. Le produit circule donc sur la planète et il existe des qualités très différentes. On retrouve ainsi 109 000 variétés de riz différentes et la recherche scientifique s’est emparée de cette question avec notamment l’IRRI, l’institut de recherche philippin, véritable conservatoire de la diversité. La mondialisation possède également une dimension historique que l’on retrouve dans le fait de consommer du riz aujourd’hui en Afrique. Cette situation s’explique par la période coloniale puisque, selon la logique d’alors, il faut spécialiser chacune des colonies : ainsi le Sénégal fera de l’arachide et consommera le riz venant des colonies françaises d’Asie. Enfin, on rencontre les acteurs internationaux comme le FMI qui a poussé l’Afrique à importer du riz selon un principe qui visait elle aussi à spécialiser chacun des pays en lui disant qu’il trouverait à s’approvisionner à meilleur marché sur le marché mondial.

Rizière au pays des Chemises rouges.

Démonter les mécanismes à partir de la crise de 2008

Que se passe-t-il à l’été 2008 ? En quelques mois, le prix des produits alimentaires explose : celui du riz est multiplié par 6. On lit alors dans les journaux et on entend dans les médias des discours avec le mot famine, laissant à penser que le problème est la quantité. Or, comme on l’enseigne aux élèves de seconde, la problématique essentielle de la nourriture est la mauvaise répartition. Les premiers signes de la crise apparaissent en août 2007 : la récolte thaïlandaise est en retard et les autres pays ont en plus des récoltes moins bonnes cette année-là. La météo s’en mêle et finalement certains exportateurs décident d’arrêter d’exporter en prévision. Aux Philippines, la question du riz est particulièrement cruciale. S’il vient à manquer, c’est la révolte qui gronde. Le résultat c’est l’emballement, car les Philippines veulent importer encore plus que d’habitude !

Qui est coupable ? une question pas facile à trancher

On pourrait croire naïvement que chaque gouvernement anticipe pour que sa population ne manque pas : évidemment la réponse est plus cynique : quand le prix du riz augmente, les commissions touchées par les importateurs augmentent également, et encore plus à un certain niveau de prix du riz. En 2008, le mari de la présidente des Philippines pousse donc à l’importation car les récoltes ne se révèlent pas si mauvaises finalement. Face à une telle situation, le gouvernement du Sénégal décide de subventionner le riz importé pour limiter l’impact de la hausse des prix sur sa population. Les importateurs ne jouent pas le jeu et cherchent le profit. Les importateurs accusent les traders et ces derniers reconnaissent avoir un peu spéculé : bref tout le monde participe au processus et chacun pense que l’autre est davantage coupable.

Le circuit court : une solution ?

Le président Wade improvise alors une politique d’autosuffisance alimentaire : il subventionne avec des tracteurs, des engrais. Les résultats sont encourageants a priori, mais le problème ensuite est d’acheminer la production locale jusqu’aux marchés de Dakar. Finalement la production sénégalaise est vendue en Mauritanie. Le Mali choisit également de limiter ses importations. Cela peut fonctionner avec une volonté gouvernementale prolongée. Les petits paysans qu’ils soient du Mali ou du Sénégal, aimeraient bien exploiter la taille de la superficie de leur exploitation. On retrouve ce même genre de discours dans la bouche des paysans philippins.

Et demain ?

Pour demain les questions sont nombreuses et les implications importantes. On retrouve la Chine qui prend position au Mali et puis surtout on retrouve le phénomène du landgrabbing, c’est-à-dire l’achat de terres d’un pays par un pays extérieur. Les clauses de l’accord restent secrètes. La Libye est ainsi en train d’aménager 100 000 hectares de terres. Pour la mise en place, elle s’appuie sur des entreprises chinoises. Tout ceci aboutit parfois à un « choc des cultures », car parmi les aménagements prévus, il y a un canal mais celui-ci passe sur un ancien cimetière.

C’est donc un documentaire passionnant.

Jean Crepu, Jean-Pierre Boris, Main basse sur le riz, dvd, Arte éditions, 2010, 82 min, 15 euros.

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
Thaïlande information et démocratie Thaïlande tourisme et loisirs
Thailand travel and tourism guide Thailand hot and unusual guide
annuaire des sites Web thaïlandais Kanchanaburi, trek et aventure
Trekking et avanture à Kanchanaburi D and D Coffee House, Kanchanaburi
Objurgation à la tyrannie Prostitution, proxénétisme dans le monde