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Map Ta Phut : pollution

Les industriels soufflent, les Thaïlandais étouffent

samedi 20 novembre 2010, par Rédaction


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Les industriels se frottent les mains, les écologistes pleurent, les Thaïlandais étouffent...
Après un an de blocage, la cour de justice vient d’autoriser la reprise des activités sur le plus gros complexe industriel du royaume. _ Au grand dam des écologistes et de la population

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Map Ta Phut
Zone industrielle
  

Indignation des communautés locales, joie des industriels : la décision de la cour de justice thaïlandaise, début septembre, a renforcé les clivages. 74 des 76 projets du complexe industriel de Map Ta Phut, le plus grand de Thaïlande, ont été autorisés à reprendre leurs activités après des mois d’interruption.

Le site s’étend sur environ 15 km à 170 km au sud-est de Bangkok dans la province de Rayong  [1]. Lancé à la fin des années 1980, en plein décollage économique, il compte une centaine d’usines, principalement pétrochimiques, ainsi que des aciéries et cimenteries. Depuis des années, des activistes et résidents font part de leurs préoccupations quant au respect des normes environnementales sur ce complexe.
La justice thaïlandaise leur avait donné raison à deux reprises. En mars 2009, elle avait ordonné le classement de Map Ta Phut en « zone de pollution contrôlée », ce qui implique des contrôles environnementaux très stricts. Le 29 septembre 2008 suivant, le tribunal administratif décidait de geler temporairement 76 projets en construction après le dépôt d’une plainte par un militant écologiste sur la légalité des permis industriels. Une dizaine d’usines seulement avaient pu reprendre leurs activités trois mois plus tard, laissant les autres dans l’expectative pendant près d’un an. « L’enlisement tenait au manque de clarté de notre Constitution sur les rapports entre industrie et environnement », explique Dusit Nontanakorn, président de la Chambre de commerce thaïlandaise (TCC).
Les autorités locales ont éclairci ce point deux jours avant que la cour ne rende sa décision sur l’affaire Map Ta Phut. Pour la première fois, un Comité national de l’environnement, créé et présidé par le Premier ministre Abhisit Vejjajiva mis en place par les généraux putschistes, a établi une liste de onze activités industrielles jugées nuisibles. Parmi elles, on trouve par exemple les produits pétrochimiques, les mines, les centrales, les barrages et les pistes d’aéroport, désormais tenus de se soumettre à des études d’impact.
La cour a jugé que seules deux usines de Map Ta Phut étaient concernées par ces restrictions et a donc autorisé la réouverture de toutes les autres. Le tour est joué.
L’ensemble du secteur privé applaudit. Le complexe de Map Ta Phut, c’est 8 milliards EUR (4,5 % du PIB thaïlandais). Lassés par la lenteur de la procédure, les investisseurs, en particulier japonais, avaient menacé de trouver un nouveau site d’implantation. « La confiance est maintenant revenue, se félicite Dusit Nontanakorn. _ L’indice de confiance des entreprises est remonté à 71,9 % en septembre, contre 41,5 % l’année dernière. "« Je pense que la résolution de l’affaire Map Ta Phut est bonne pour tout le monde. » a-t-il ajouté. Du côté des écologistes [2], l’accueil est tout autre. « Je ne comprends pas pourquoi les autorités font plaisir aux industriels », déclare Noi Jaitang, 71 ans, qui se fait encore des illusions, à son âge, sur la politique néolibérale du gouvernement. Les fumées du complexe de Map Ta Phut ont peu à peu intoxiqué sa famille. Sa femme a développé deux cancers du visage et ses enfants ont été atteint par une pluie acide. En 2003, l’Institut national contre le cancer a indiqué que le taux de cancer le plus élevé de Thaïlande provenait de cette province.
Le Réseau des populations de l’Est, [3], entend poursuivre la lutte. Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées début octobre près des usines pour réclamer la modification ou l’annulation de la liste des activités industrielles nuisibles. « Le gouvernement n’a négligé ni la vie des gens, ni l’impact sur l’environnement », se défend le Premier ministre Abhisit Vejjajiva dont on connait l’attachement à la vie des plus déshérités depuis le printemps [4]. Le président de la Chambre de commerce thaïlandaise [5] reconnaît quant à lui qu’un grand travail reste à faire sur la problématique environnementale : « La Thaïlande a reçu une leçon. Les entreprises doivent tenir compte de leur impact sur l’environnement et les populations. Nous devons réussir à faire cohabiter paisiblement le secteur industriel et notre société en développant des régulations et un code de pratiques. La résolution de l’affaire Map Ta Phut est la première pierre de cet édifice ». Une pierre noire de plus dans le jardin de la nature et de l’environnement.

 [6]

Voir en ligne : Lire l’article de Marie Normand

Notes

[1]

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Rayong, paradis bientôt perdu

Située dans l’est du pays, sur la côte du golfe de Thaïlande, non loin de la frontière avec le Cambodge. Sa capitale est la ville de Rayong. La région est réputée pour ses fruits tropicaux comme l’ananas, le ramboutan et le durian, mais aussi pour ses fruits de mer, homards et calamars. Ils seront bientôt pollués par les rejets chimiques des nouvelles industries.

[2] Partie civile du procès

[3] une association basée à Rayong, où est installée la zone industrielle

[4] Celui que les Chemises rouges surnomment « le Boucher de Bangkok » n’a pas hésité à faire tirer sur des manifestants désarmés provoquant la mort de dizaines de personnes au cours des manifestation d’avril-mai 2010

[5] Source d’un communiqué www.thaiechamber.com

[6] Objectif principal du gouvernement : rassurer les investisseurs japonais
Le PM s’est très vite réjoui de l’accueil très favorable de la décision par les partenaires japonais. Ces derniers mois, le gouvernement des généraux s’était attachées à rassurer ces investisseurs. Le Japon est le premier investisseur étranger du royaume et compte pour plus de la moitié des investissements étrangers en Thaïlande. Par l’intermédiaire de la JCC (Chambre de commerce), les Japonais avaient menacé mi-janvier de se « désintéresser de la Thaïlande » si, entre autres, « le cas Map Ta Phut restait dans l’impasse ». En 2009, le montant des investissements japonais en Thaïlande avait diminué de 24 % selon les statistiques du Board of Investment (BOI). Yamabe Fukujiro, vice-président de la Chambre japonaise, avait même précisé que l’Indonésie, le Vietnam et Singapour étaient désormais plus attractifs aux yeux des investisseurs nippons. La Chambre de commerce thaïlandaise, la Fédération des industries et le secteur bancaire ont alors choisi de faire pression sur le gouvernement, qui n’a rien à leur refuser, pour accélérer le processus de résolution du conflit . Aujourd’hui, l’orage est passé, si l’on en croit le président de la Chambre de commerce thaïlandaise : « Toshiba a annoncé début septembre que le groupe investirait 10,252 millions THB supplémentaires (256.300 EUR environ), pour étendre ses capacités de production de disques durs dans la province de Pratumtani à Bangkok,] ». Canon prévoit aussi d’ouvrir en octobre 2011 une seconde usine de production d’imprimantes, qui devrait employer quelque 5.000 personnes.

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