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Les Chemises rouges sont encore là

Les Chemises rouges dans la rue à Bangkok

dimanche 12 décembre 2010, par Rédaction


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Plus de 10.000 personnes, selon les autorités, se sont rassemblées devant le Monument de la démocratie, huit mois après la répression sanglante des manifestations pacifiques, où plus de 90 personnes — des civils désarmés pour la plupart — ont été tués.

  

Par milliers, les Chemises rouges  , qui défendent la démocratie et lutte contre la dictature, sont descendus dans les rues de Bangkok vendredi pour demander la libération de leurs dirigeants emprisonnés après les manifestations du printemps.

Un millier de membres des forces de l’ordre étaient présents dans le quartiers. Les manifestants vêtus de rouge et brandissaient des oiseaux de papier rouge, symboles de la liberté, et chantaient avec force leur espoir de démocratie véritable.

Les manifestants, une fois encore, ont bravé l’état d’urgence instauré par le gouvernement à Bangkok depuis avril et toujours en vigueur. La plupart des leaders des Chemises rouges sont en prison, accusés de terrorisme. Ceux qui ont pu s’échapper se cachent désormais.

« Nous voulons la libération de nos dirigeants », a déclaré Jatuporn Prompan, député de l’opposition, à la foule rassemblée vendredi. Doté de l’immunité parlementaire, il est un des rares leaders du mouvement encore en liberté. Abhisit, fort de la complicité de la « justice » des tribunaux mis en place par les auteurs du coup d’État de 2006, a déposé une plainte pour diffamation contre le chef de l’opposition que s’est empressé de suivre la Cour pénale  [1].

Les manifestations du printemps ont mis au jour la fracture entre les élites de Bangkok gravitant autour du Palais royal, et les masses rurales du Nord et du Nord-est du pays qui sont exclues du pouvoir politique et économique.

Le Premier ministre a annoncé cette semaine la probable levée de l’état d’urgence dans la capitale d’ici la fin de l’année, encore une promesse d’ivrogne pour amuser la galerie. Parions, sans grand risque, qu’un quelconque « attentat », for opportun, viendra retarder, une fois de plus la fin de l’État d’urgence.

Notes

[1] La Cour pénale thaïlandaise a émis, jeudi 9 décembre 2010, un mandat d’arrêt à l’encontre de Jatuporn, qui n’a pas témoigné dans le cadre d’une plainte en diffamation déposée contre lui par le Premier ministre thaïlandais, allié des généraux putschistes, Abhisit Vejjajiva. Jatuporn était censé comparaître ce jour là à la cour pour faire une déposition. Il ne s’est pas présenté devant les amis du PM. Son avocat a demandé sans succès à la cour de reporter l’audience, du fait que la requête déposée auprès de la Cour suprême pour remplacer les juges de la Cour criminelle en charge de la procédure en diffamation était en suspens. Les juges, presque tous nommés par la junte militaire, sont en effet proches du Premier ministre.
Abhisit a accusé Jatuporn de le diffamer en public, en l’accusant de donner l’ordre aux soldats de « tuer des membres des Chemises rouges » au cours de leurs protestations en avril dernier. Ce qui bien évidemment n’est pas le cas, l’armée n’a pas d’ordre à recevoir de sa marionnette.
Pour bien comprendre ce qu’est la « justice » en Thaïlande il faut se rappeler que le Premier ministre élu, Samak Sundaravej a été condamné par la Cour constitutionnelle pour avoir violé l’article 167 de la Constitution qui interdit de cumuler la fonction de Premier ministre et avec une autre fonction, en l’occurrence dans ce cas celle d’animateur de télévision, et proscrit également de percevoir une rémunération en provenance d’une entreprise privée. La cours qui est composée de neuf juges a voté à l’unanimité et a donné 30 jours à Samak Sundaravej pour quitter son poste. Ce dernier qui était féru de cuisine animait depuis des mois une émission culinaire. Ceci en quelque semaines de procédure.
Le 9 décembre, dans un verdict retransmis en direct à la télévision, les juges de la Cour constitutionnelle ont estimé, par quatre voix contre trois, que la procédure contre le Parti Démocrate d’Abhisit avait été irrégulière et qu’ils ne pouvaient se prononcer sur le fond. Ceci après CINQ ans de procédure. Le parti était accusé d’avoir reçu une donation illégale de 258 millions de THB (5,9 millions d’EUR, excusez du peu !) en 2005. Un dossier qui avait valu à la Commission électorale (CE) de préconiser sa dissolution en avril dernier.
Le 29 novembre, Abhisit avait déjà gagné une première bataille juridique sans grande difficulté, lorsque la Cour avait rejeté un autre dossier dans lequel son parti se voyait reprocher l’utilisation frauduleuse de 29 millions de THB (960.000 USD) la même année 2005.
Le chef du gouvernement « risquait », si la loi des putschiste lui était appliquée avec la même rigueur que pour Samak, jusqu’à cinq ans d’exclusion de la vie politique tout comme plusieurs autres cadres de la majorité. Son parti, le plus ancien du royaume, n’est désormais menacé d’aucune plainte.
Ces deux décisions successives ne peuvent surprendre que les imbéciles et ceux qui feignent de l’être comme les journalistes du Point. La capacité des juges à dissoudre le PD, qui a le soutien de l’armée et des élites de Bangkok, gravitant autour du Palais royal est nulle au point que Suthep, qui lui a bien donné l’ordre de tirer sur la foule en avril et de fait détient la réalité du pouvoir, a pu déclarer que « rien n’avait été prévu en cas de dissolution du PD car celle-ci était impossible. » ".

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