La mondialisation au service de l’exploitation des paysans de l’Asie du Sud-Est.
D’ici à 2015, l’ancien royaume du Siam serait dépossédé de son rang de premier exportateur mondial, surpassé par le Vietnam.
« Nous devons admettre que dans cinq ou six ans, nous ne serons plus le principal exportateur de riz. Nous ne pouvons plus concurrencer le Vietnam », admet Chookiat Ophaswongse, l’ancien président de la Thai Rice Exporters Association devenu conseiller de l’organisation. _ Cette année, les exportations thaïlandaises devraient reculer à 8 millions de tonnes (Mt), contre 8,6 Mt en 2009. Selon l’US Foreign Agricultural Service, les exportations vietnamiennes se seraient élevées à 6 Mt l’année dernière.
Lorsque Bangkok est devenu le principal exportateur mondial de riz, en détrônant les États-Unis, le Vietnam ne vendait sur le marché international que des quantités minimes. En 1988, grâce à une politique de soutien du Parti communiste à ses agriculteurs, les exportations vietnamiennes dépassaient pour la première fois le million de tonnes.
Une différence de prix qui ne cesse de croitre
Suite aux troubles politiques qui ont commencé à secouer la Thaïlande en 2009, le gouvernement avait décidé d’établir un prix minimum garanti à ses agriculteurs. Dès lors, « les couts logistiques et de main-d’œuvre sont devenus plus élevés », souligne Chookiat, ce qui a augmenté la différence de prix entre les deux pays pour les mêmes qualités de la céréale. En 2007, le riz thaïlandais à 5 % de brisures coutait 12 dollars de plus que son concurrent vietnamien. En 2008, la différence s’élevait à 68 dollars, puis à 123 dollars l’année dernière, selon les statistiques de la Food and Agriculture Organization. « Regardez les moyens de transport. Au Vietnam, ils utilisent les rivières pour transporter les marchandises, alors qu’ici le riz voyage en camions qui utilisent du carburant », explique Rut Subniran, le directeur général de l’exportateur Herba Bangkok.Une devise plus compétitive a permis également au Vietnam de gagner des parts de marché. Le dong, dévalué à la fin 2008, en novembre 2009 puis en février dernier s’échange aujourd’hui à 19,015 dollars, perdant 11 % de sa valeur d’il y a deux ans. Durant la même période, le baht thaïlandais se renforçait face au dollars.