vb
Accueil du site > Repères > L’avortement en Thaïlande

Bouddisme religion d’État ?

L’avortement en Thaïlande

mercredi 24 novembre 2010, par Rédaction


Partager
  

Récemment, plus de 2.000 fœtus ont été découverts dans des sacs plastiques, entassés dans la morgue du Wat Phai Ngern Chotanaram à Bangkok [1]. L’affaire, très médiatisée, a permis de rouvrir le débat sur le problème de l’avortement en Thaïlande.

JPEG - 61.9 ko
Wat Phai Ngern Chotanaram
2.000 fœtus ont été découverts dans des sacs plastiques.
  

L’avortement est tout à fait illégal, et tout aussi répandu : l’avortement n’est pas le seul exemple patent parmi d’autres, au pays du sourire : la prostitution est interdite, le jeu est interdit et il ont pignon sur rue.

D’après le ministre de la Santé Jurin Laksanavisith, 80.000 femmes ont recours a un avortement illégal chaque année, et 3.900 cliniques sont sous la surveillance pour pratique illégale de l’avortement. Un chiffre qui est très, très sous estimé.

Selon le professeur Kamheang Chaturachinda, président de la Women’s Health and Reproductive Rights Foundation de Thaïlande, le nombre d’avortements illégaux en Thailande est plus proche de 300.000 à 400.000. Un chiffre assez important pour une population de 67 millions d’habitants, et pour seulement 790.000 naissances. [2]. Une femme ayant recours à l’avortement illégalement  [3] encourt une peine de trois ans de prison, ou 6.000 THB d’amende, ou les deux. La peine maximale pour la personne pratiquant l’avortement peut aller jusqu’à 10 ans de prison si la femme meure suite à l’opération.

Le Bouddhisme, n’interdit pas l’utilisation de moyen de contraception, mais l’avortement est assimilé a un crime

Une suspecte a été arrêtée après avoir confessé s’être débarrassé des fœtus pour le compte de cliniques pratiquant illégalement l’avortement. Lanjakorn Jantamanas, 33 ans, était payée 500 THB par fœtus pour l’acheminement des corps, qu’elle déposait ensuite au temple.

L’avortement en Thaïlande : un débat interdit de plus

La police thaïlandaise [4] a promis une vague de répression sur les cliniques pratiquant des avortements illégaux. Le Premier ministre mis en place par les généraux putschiste, Abhisit Vejjajiva a déclaré que l’on devait faire plus pour combattre l’avortement illégal, et que la loi thaïlandaise resterait inchangée, la jugeant « appropriée et suffisamment flexible » et surtout très juteuse pour ses amis bénéficiaires du système qu’ils soient dans l’administration ou propriétaires de ces même cliniques comme ils le sont des bordels.

Depuis longtemps des voix s’élèvent pour protester contre cette loi, qui ne correspond plus à la réalité de la société thaïlandaise. Les groupes féministes, même des membres de la majorité politique du Premier ministre [5] réclament une révision de la situation de l’avortement en Thaïlande.

Rayong Sathit Pitutecha, membre du Parti Démocrate, suggère la mise en place d’un comité spécial qui examinerait la situation de femmes enceintes au cas par cas. Il veut, en outre, élargir le champ d’autorisation d’avortement aux filles mineures et aux femmes souffrant d’incapacité mentale. Sa proposition sera examinée lors de la prochaine session parlementaire en février prochain.

Pas d’éducation sexuelle au pays du sexe-marchandise

L’éducation sexuelle en Thaïlande est théoriquement enseignée dans les écoles à partir du lycée. Les cours sont plus que sommaires, et les professeurs thaïlandais sont handicapés par le tabou très fort à ce sujet : on baise mais on en parle pas. Alors il ne sont pas très bien placés expliquer la sexualité à leurs élèves.

Une étude a établi que la sexualité est enseignée dans 0,44% des écoles primaires, 11,74% des collèges, 60% des lycées et 25% des universités centrées sur l’éducation.

JPEG - 93.5 ko
Écoliers thaïlandais
Les écoliers chantent ici ’hymne thaïlandais, Phleng-chat-thai. Photo du blog d’Alain à Udon Thani (lire sur le blog)

De quoi faire rire le étrangers qui viennent en Thaïlande pour le tourisme sexuel, la sexualité est un sujet tabou au sein de la population locale [6]. Le sujet n’est pas abordé en famille, les adolescents font leur apprentissage à l’école, dans la rue, par eux-mêmes et via Internet et les films à caractère pornographique. Il est à noter aussi la corrélation entre violence et sexualité dans la mentalité thaïlandaise, la plupart des contacts physiques entre personnes de sexes différents étant des gestes violents.

Les messages en direction des jeunes sont contradictoires. D’une part, ils sont la cible de nombreuses mises en garde contre les rapports sexuels non-protégés, et observent un peu partout les préservatifs, les pilules du lendemain et les putes en vente libre ; de l’autre les filles sont encouragées à rester vierges jusqu’au mariage et à pratiquer l’abstinence.

Le Bouddhisme n’interdit pas la contraception [7]. Par contre, l’avortement est assimilé a un crime, le fœtus étant considéré comme un être vivant. Une femme qui met fin à sa grossesse est donc une meurtrière, et risque un avenir néfaste avec sa famille et son entourage.

Le bouddhisme [8] en Thaïlande inspire directement une partie des lois du Royaume, la reforme du statut de l’avortement risque de se heurter à de nombreux obstacles...

Notes

[1]

JPEG - 18.1 ko
Taille d’un foetus de 8 semaines

La police a découvert au temple bouddhiste ces centaines de fœtus, enfermés dans des sacs plastiques individuels, stockés en attente de crémation. Les fourneaux étant en panne à ce moment-là, l’odeur putride des fœtus a alerté le voisinage du temple, qui a appelé la police pour investigation.

[2] en France, où il est autorisé, (population et naissances comparables) est de 220.000 soit un avortement pour trois naissances

[3] L’interruption légale de grossesse sur « indications médicales larges » (santé psychique incluse explicitement, interprétation plus ou moins large)
Une réglementation similaire existe dans 21 pays représentant 4% de la population mondiale
La loi ayant un caractère très spécial en Thaïlande, le Département National de Thaïlande pour le Contrôle des naissances et de la Population rapporte que, en 1999, sur 45.990 femmes, qui ont été l’objet d’un avortement légal dans 787 hôpitaux civils, 60% des mères ayant avorté l’ont fait pour des raisons économiques ou pour des problèmes d’ordre social (ce qui n’est pas prévu dans la loi) ; 40% ont avancé le prétexte que l’enfant qu’elles portaient était anormal(ce qui n’est pas non plus prévu dans la loi)).

[4] Elle est très certainement impliquée dans cette affaire d’avortement comme elle l’est dans le trafic et l’exploitation des esclaves sexuels et du jeu

[5] Proche du Parti Démocrate, complices de tous les coups d’État des militaires

[6] La pudeur des prostituées thaïlandaises, surprenante à premier abord, ajoute un « charme » particulier au sexe tarifé dans ce pays.

[7] Le bouddhisme fixe le début de la vie humaine, bhava, aux premiers signes de conscience : capacité de ressentir le plaisir ou la douleur et d’y réagir. C’est alors que l’être hérite du karma passé.

Le bouddhisme interdit l’avortement lorsqu’il supprime une vie, le premier précepte de l’éthique bouddhique étant : ne pas tuer (l’acte de tuer étant constitué dès lors qu’il y a intention de tuer, effort de tuer et mort de la victime).

Selon le code monastique du bouddhisme theravāda , le Vinaya, un moine qui recommande ou facilite un avortement commet une faute grave (parajika) et encourt une expulsion immédiate du Sangha.

JPEG - 50.8 ko
Bouddisme thaïlandais et superstition
À Nakhon Chai Si dans la province de Nakhon Pathom lors du Festival de tatouage au Temple de Bang Phra, un moine-tatoueur bouddhiste thaïlandais est entrain de faire un tatouage sur le torse de l’un des pèlerins.

Dans le bouddhisme tibétain, le Dalai Lama reconnaît qu’il existe des situations justifiant l’avortement (interruption médicale de grossesse). La délimitation précise des situations concernées est généralement reconnue comme un problème social dépassant le cadre de la philosophie bouddhiste. D’un point de vue moral, seule la compassion, la Karunā, peut justifier une telle action.

[8] le bouddhisme est de facto une religion d’État bien que cela n’ait pas été inclus dans la dernière constitution.

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
Thaïlande information et démocratie Thaïlande tourisme et loisirs
Thailand travel and tourism guide Thailand hot and unusual guide
annuaire des sites Web thaïlandais Kanchanaburi, trek et aventure
Trekking et avanture à Kanchanaburi D and D Coffee House, Kanchanaburi
Objurgation à la tyrannie Prostitution, proxénétisme dans le monde